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Au mois de mars de cette année, lors d'une séance solennelle du Parlement européen, vous avez déclaré lors de votre interventionque nous avions besoin d’une Europe efficace, gagnante et forte. Dans quelle mesure la présidence hongroise a-t-elle pu y contribuer ?
Comme je l’ai déjà suggéré dans plusieurs de mes discours, la devise de notre présidence tournante, « une Europe forte » n’était pas qu'un message essentiellement politique. Tout comme l’Europe est bien plus qu’une communauté politique ou financière. Une Europe forte implique des Etats membres forts, des gouvernements forts, des municipalités et des familles fortes, ainsi qu’une économie et des entreprises fortes.
Nous pouvons affirmer en toute conscience que nous clôturons cette période de la présidence tournante de la Hongrie de l’Union européenne sur un succès. Nous avons mis à l’ordre du jour du programme de notre présidence les dossiers européens les plus importants, et nous avons fait preuve de l’attention, de l'aptitude au consensus et de la coordination indispensables à la réalisation de notre mission. Nous avons respecté le planning préalablement défini, et des progrès ont été réalisés tant dans les dossiers stratégiques qui déterminent l’avenir de l’Union européenne que sur les questions qui influencent la vie quotidienne des citoyens.
Lors de la réunion des 23 et 24 juin du Conseil européen, deux nouveaux programmes ont par exemple été confirmés qui ont pour objectif le développement économique et social de l’Europe, à savoir la stratégie pour la région du Danube et la stratégie pour les Roms. En outre, c’est également lors de cette réunion qu'a été prise la décision visant à clôturer les négociations d’adhésion avec la Croatie. L'on doit également mentionner l’initiative citoyenne européenne, le renforcement de la politique de cohésion, le lancement de la politique énergétique commune ou les résultats obtenus dans le domaine de l’harmonisation de la politique monétaire ou de la discipline budgétaire commune. L’ouverture des négociations d’adhésion avec l’Islande constitue également un résultat important, tout comme le fait que nous soyons parvenus à réaliser une percée en matière de brevet unitaire européen.
L’objectif du programme et de toutes les activités de la présidence hongroise était de soutenir l’Europe afin qu’elle soit capable de faire face à la concurrence dans un contexte empreint de défis. Au cours de ce semestre, nous avons, de manière responsable, également consentis des efforts pour les autres, ce qui m'emplit personnellement d'un sentiment de joie, et ce qui, je l’espère, pourra être considéré par les Etats membres comme un gage de solidarité. Nous sommes satisfaits de pouvoir affirmer que l’Europe est vraiment devenue plus forte grâce aux importantes décisions qui ont été prises pendant cette période.
Dans ce même discours, vous avez souligné l’importance de la responsabilité envers les minorités et notamment envers les Roms. A quel point sommes-nous progresser dans ce domaine ?
Concernant la question des Roms, il est important de préciser que leur intégration économique et sociale a été gérée par la présidence hongroise comme un dossier hautement prioritaire. La question des Roms, la problématique liée aux Roms commencent à être connues de tous et tout le monde pense être un spécialiste en la matière. Ce que nous souhaiterions, c’est que non seulement les problèmes, mais aussi les Roms eux-mêmes soient entendus de ceux qui s’occupent de ces questions.Les Roms doivent devenir acteurs de ce processus.
Ce sont aujourd'hui 10 à 12 millions de Roms qui vivent dans les Etats membres de l’Union européenne, la plupart d’entre eux étant frappés par l’exclusion sociale, la discrimination et la pauvreté extrême. Le soutien aux Roms et leur intégration sociale ont une influence sur le quotidien de notre continent. Si la croissance reposant sur le travail vient à nouveau au premier plan en Europe, l’emploi et la formation des Roms représenteront d’importantes réserves exploitables en vue de réaliser ces objectifs.
Le semestre de la présidence hongroise de l’Union européenne a entraîné un changement considérable au niveau de l’action européenne visant à intégrer les Roms et l’approche, la capacité de coopération des institutions européenne ont joué un rôle essentiel dans ce succès. A l’initiative de la députée européenne Lívia Járóka, seule eurodéputée rom, le Parlement européen a élaboré un rapport sur la stratégie européenne pour les Roms, lequel a justement été approuvé par les parlementaires au cours de la semaine pendant laquelle je suis intervenu en séance plénière au Parlement européen. La Commission européenne a ensuite finalisé, début avril, le programme-cadre des stratégies nationales pour les Roms, lequel a été approuvé par les Etats membres à l’occasion de la réunion du Conseil européen du mois de juin. La stratégie-cadre ainsi élaborée constitue le fondement d’une politique européenne unifiée en faveur des Roms, qui permette aux Etats membres d'œuvrer également à leur propre politique d’intégration des Roms.
C’est certes un très grand pas en avant, mais comme je l’ai souligné lors de mon intervention au Parlement européen, les mesures sociales sont insuffisantes pour éradiquer la pauvreté. Le refus des préjugés, la création d’un environnement facilitant l’accès à la culture et à l’éducation sont des facteurs essentiels.

La date de l’adhésion de la Croatie à l’Union européenne a été décidée, ce qui veut dire que l'un des principaux objectifs de la présidence hongroise a été atteint. Avant de devenir vice-président du Parlement européen, vous avez également, entre 2004 et 2009, été président de la commission parlementaire mixte UE-Croatie. Comment évaluez-vous aujourd'hui, en tant que chef d'Etat, l’importance de cette décision ?
J’ai effectivement, pendant six ans, été membre de la commission parlementaire mixte UE-Croatie, que j'ai également présidée pendant cinq ans, et j’ai donc suivi avec une attention particulière le processus d’intégration de la Croatie qui me tient à cœur jusqu’à ce jour. Je dois vous avouer que j’ai appris cette nouvelle, de portée historique, à Ljubljana, en présence des chefs d’Etat slovène et croate, avec qui nous étions en train de fêter le vingtième anniversaire de l’indépendance de leurs pays respectifs. Je considère que cette décision était en même temps un merveilleux cadeau pour la nation croate.
Après une longue période d'incertitude, les négociations d’adhésion avec la Croatie ont pu être clôturées le 30 juin, et ce grâce au travail acharné du gouvernement croate et de la présidence hongroise, ce qui revêt une importance historique. Le traité d’adhésion pourra ainsi être signé d’ici la fin de l’année et l’admission, bien méritée, de la Croatie à l’Union européenne pourra intervenir le 1er juillet 2013.
Je suis convaincu que nous ne pouvons mettre fin à la séparation artificielle de l’Europe consécutive à la deuxième guerre mondiale que par l’intégration des Etats de la région des Balkans occidentaux aux institutions euro-atlantiques, et je considère que la présidence hongroise a rempli son obligation morale en défendant la cause de la Croatie et de toute cette région.
Nous avons envoyé aux pays européens un message important : la porte de l’Union est ouverte à tous ceux qui adhèrent aux principes et aux valeurs des Etats membres de l’Union et qui sont prêts à satisfaire aux exigences qu'ils doivent remplir en vue d'une adhésion. C’est un message particulièrement important à l'intention des autres Etats des Balkans occidentaux puisque dans ces pays, nous assistons à une érosion continue du soutien en faveur de l’adhésion à l’Union européenne, notamment parce que les processus de négociation traînent en longueur.
En qualité qu’ancien député du Parlement européen, dans quelle mesure pensez-vous que la présidence hongroise a été, tout en restant fidèle à ses objectis, « l’amie du Parlement » ?
Si nous faisons abstraction du fait que Enikő Győri, ministre déléguée en charge des affaires européennes, est elle-même députée au Parlement européen, cet objectif a déjà été atteint dès le début de la présidence. Mais blague à part, sans l’approche constructive du Parlement européen et de son président, Jerzy Buzek, notre travail aurait certainement été beaucoup plus difficile lors des concertations entre les différentes institutions que sont le Conseil, la Commission et le Parlement.
J’ai moi-même accordé une grande importance au discours que j’ai prononcé au cours de notre présidence, en tant que chef d’Etat hongrois, devant les députés au Parlement européen, qui sont par ailleurs mes anciens collègues, en soulignant également l’étendue de leur rôle et en insistant sur le fait que la présidence hongroise les considérait comme des partenaires importants.
L'année 2011 a été déclarée par l’Union « Année européenne du volontariat ». Dans vos discours, vous avez aussi abordé ce sujet à plusieurs reprises. Que peut apporter le volontariat à l’Europe ?
Je considère que c’est une heureuse coïncidence que l’année 2011 soit, au sein de l’Union européenne, celle du volontariat. Cela permet d'attirer l’attention sur la nécessité de modifier une attitude qui consiste à négliger les critères sociaux, communautaires et humains, et qui s'avère peu soucieuse des intérêts locaux, alors que c'est pourtant très souvent la source des problèmes. En effet, l’objectif visible de cette année 2011 est le « recrutement », puisque seuls 30 % des citoyens de l’Union européenne pratiquent une activité bénévole, ce qui est très peu.
Ayant passé l'essentiel de ma viedans le domaine du sport organisé sur la base du volontariat, d’abord en tant que sportif, puis en tant que responsable sportif, je connais très bien la nature, l’importance et les problèmes des organisations bénévoles. C'est donc une évidence pour moi qu’à l’occasion du début de l’année du volontariat, nous inaugurions ensemble cette période avec Viviane Reding, commissaire européenne, qui était venue à Budapest pour l'occasion.
Le plus grand secret du bénévolat est qu’il implique, à la base, une communauté, car nous ne pouvons faire du volontariat qu’avec les autres et que pour les autres. Le bénévolat apporte en outre un profit économique quantifiable et porte en lui la possibilité d'un renouvellement de la pensée européenne. Le volontariat est de notre intérêt commun, et contribue à ce que les habitants du continent se rapprochent en œuvrant ensemble afin d’atteindre des objectifs communs. Le bénévolat fait progresser l’intégration. En fin de compte, on peut dire que le volontariat contribue aussi à ce que l’Europe devienne plus forte.
Mis à part l’exécution des tâches de l’Union, la présidence hongroise s’est efforcée de présenter la Hongrie et la culture hongroise aux quatre coins du monde. Est-t-elle selon vous parvenue à relever ce défi ?
Selon mes informations, la présidence hongroise est qualifiée, à Bruxelles, comme la présidence étant la plus engagée en matière de culture, parce que dans l’histoire de l’Union européenne, aucun autre pays n’avait organisé autant d’événements culturels au cours du semestre de sa présidence. Le point d'orgue de la série d’événements culturels était, selon moi, les nombreux concerts organisés en honneur du bicentenaire de l’anniversaire de la naissance de Franz Liszt, concerts auxquels j’ai parfois pu participer personnellement, notamment à Madrid, à Londres, à Rome, à Bruxelles et au Vatican, en ma qualité de président du comité de patronage de l’Année Liszt.
Le plus mémorable de tous ces concerts fut sans doute celui donné le 27 mai au Vatican, concert que j’ai dédié, en tant que chef d’Etat hongrois, au Pape. C’est la présidence tournante et l’Année Liszt qui ont permis à la Hongrie de donner, pour la première fois depuis l’an 2000, un concert dans la salle Paul VI, laquelle peut accueillir sept mille personnes.
Grâce à son talent artistique multiforme et sa foi profonde, le personnage de Franz Liszt, à la fois hongrois et européen, était tout à fait en mesure de transmettre, au travers de ses œuvres, le message de la présidence hongroise à l’Europe. Pendant le semestre de la présidence, les œuvres du grand compositeur hongrois ont été jouées non seulement au Vatican mais aussi dans de nombreuses grandes villes d’Europe. Nous espérons que ces concerts resteront aussi gravés dans le mémoire du public.
Nous croyons savoir que vous avez également contribué à promouvoir la culture musicale hongroise en jouant du piano au palais Sándor, la résidence présidentielle, devant les représentants permanents des Etats membres à Bruxelles. Ont-ils été surpris ?
Je pense que oui, parce que nous ne voyons pas tous les jours un chef d’Etat se mettre au piano. Cependant, à voir leurs réactions, je pense que c’était une bonne idée. L’ambiance est ainsi devenue beaucoup plus décontractée et plus libre, ce qui a contribué, je l’espère, à ce que les membres de la délégation repartent avec d'agréables souvenirs.
J’ai pensé qu’il était également important d’offrir à nos invités une expérience musicale hongroise même lors d’autres événements. Des œuvres de Liszt ont ainsi par exemple fréquemment été jouées au palais Sándor lors des visites de chefs d’Etat ou d’autres responsables politiques au cours du semestre écoulé – même si ce n’était pas moi qui jouais –, dans le cadre de dîners d’honneur ou de concerts plus intimes.