
Quand on parle de photographie de guerre, c’est à Robert Capa que tout le monde pense. Né en 1913 dans une famille juive de Budapest sous le nom d’Ernő Friedmann, il doit s’exiler à Berlin et couvre cinq guerres en tant que journaliste-photographe, entrant ainsi au panthéon des immortels de la photographie journalistique. Capa doit sa célébrité à ses essais photographiques bouleversants sur la guerre d’Espagne, mais il a également travaillé sur la seconde guerre sino-japonaise et est présent en Israël lors de la fondation de l’État hébreu ainsi que pendant la guerre d’Indochine.
Il acquiert une notoriété mondiale en assurantla couverture du débarquement de Normandie en risquant sa vie sur le front, aux côtés des troupes américaines, sous le feu nourri de l’ennemi. Sa photographie la plus célèbre est intitulée « Mort d’un soldat républicain » (1936). Depuis sa publication, son authenticité fait l’objet d’une polémique, certains affirmant que le soldat avait été invité à poser.
Avec Henri Cartier-Bresson, William Vandiverttel, David Seymourral et George Rodger, il fonde, en 1947, l’Agence photographique Magnum, dont il devint le premier président. Capa meurt le 25 mai 1954 en marchant sur une mine lors de la guerre d’Indochine. Même sur son lit de mort, il était toujours caméra à la main, ce qui en dit long sur sa vocation de photographe.
Lorsque l’on évoque le souvenir des dix plus grands photographes de tous les temps, il est impossible de ne pas évoquer le nom d’André Kertész (né Kertész Andor) qui doit, lui aussi, choisir l’émigration forcée et qui commence également sa carrière en prenant des photos de soldats. Il quitte d’abord la Hongrie pour Paris puis, après avoir eu vent des atrocités commises par la Nazis, émigre aux Etats-Unis, où il devient l’une des plus grandes figures de la photographie documentaire.

La photo la plus célèbre de ses années en Hongrie a été prise à Esztergom et est intitulée « Nageur sous l’eau ». L’effervescence de la vie intellectuelle parisienne constitue une véritable bouffée d’air frais pour Kertész, ses photographies étant publiées dans les magazines Vu et Art et Médecine; c’est à cette époque que « La Fourchette », l’une de ses photographies les plus connues, voit le jour. André Kertész connaît d’abord quelques difficultés aux Etats-Unis mais l’artiste finit par obtenir l’appui de Beaumont Newhall, directeur de la section de photographie du MOMA.
Durant cette époque, Kertész travaille pour des magazines de renommée mondiale tels que Harper's Bazaar, Vogue, Life ou Look. Bien que son art soit reconnu et qu’il remporte bon nombre de reconnaissances artistiques prestigieuses, il reste toute sa vie tourmenté à l’idée de ne pas être à la hauteur et il n’a de cesse de lutter pour la célébrité. Considéré comme le père du photojournalisme, le photographe est pour beaucoup de ses collègues une source d’inspiration. Henri Cartier-Bresson affirme ainsi au début des années trente : « Nous devons tous quelque chose à Kertész ».

En Hongrie, l’Université d’art appliqué porte le nom de László Moholy-Nagy. Après la chute de la République des Conseils, et bien qu’il n’ait pas participé aux événements révolutionnaires, il décide de quitter son pays natal. En 1919, il s’enfuit d’abord pour Vienne, puis pour Berlin. Sa carrière internationale débute en 1923, lorsqu’il est convié par Walter Gropius à intégrer le corps d’enseignants du Bauhaus de Weimar en remplacement de Johannes Itten, qui venait de quitter son poste.
Au nom de la « Nouvelle vision », Moholy-Nagy affirme que la photographie est à même d’offrir une vision complètement nouvelle, vision que l’œil ne permet pas. Moholy-Nagy enseigne de nombreuses disciplines artistiques, touche notamment à la sculpture, à la peinture, au photomontage ainsi qu’au travail des métaux, mais il s’intéresse également au cinéma et à la typographie. Son nom est à jamais associé à celui du photogramme, lui qui était en effet grand adepte de l’innovation et de l’expérimentation. En 1937, Moholy-Nagy est nommé directeur de l’école New Bauhaus de Chicago, poste qu’il conserve jusqu’à son décès en 1945.
« Think while you shoot ! » La devise de Martin Munkácsi, né à Kolozsvár (Cluj), n’a jamais perdu de son actualité. Son conseil a été suivi par des photographes aussi prestigieux qu’Henri-Cartier Bresson, qui reconnaît que c’est justement l’une des photographies de Munkácsi intitulée « Enfants jouant sur les rives du lac Tanganyika » qui l’a amené à devenir photographe. A Berlin, Munkácsi jouit du soutien de la maison d’édition Ullstein, l’un des plus grands éditeurs européens de livres, de magazines et de journaux. C’est surtout aux Etats-Unis qu’il acquiert une renommée mondiale, grâce à ses innovations révolutionnaires dans le domaine des photos de mode : Munkácsi ne fait rien d’autre que de sortir ses modèles de l’atelier de photo pour les photographier dans un environnement naturel. Mais c’est également lui qui invente la notion de photo de star en photographiant des célébrités telles que Marlene Dietrich, Katharine Hepburn ou Louis Armstrong.
C’est également à l’étranger qu’un autre photographe d'origine hongroise, Brassaï, né Gyula Halász, acquiert la célébrité. A l’âge de 25 ans, ce peintre et sculpteur né à Brasov (Brassó, en hongrois) s’installe à Paris, où il vivra jusqu’à la fin de sa vie. Il commence, en tant que journaliste, à parcourir les rues de la capitale française, dont il tombe vite sous le charme. Ses photos de la nuit parisienne lui apportent d’emblée une renommée mondiale. Sans oublier ses portraits, Brassaï ayant notamment travaillé avec Dali, Picasso, Giacometti et Matisse. Ce sont les commandes de photos du magazine Harper's Bazaar qui lui ont permis de gagner sa vie, mais il écrit également dix-sept livres ainsi que d’innombrables articles. En 1956, son film « Tant qu'il y aura des bêtes » se voit décerner la Mention au film de recherche au festival de Cannes.
(Portail historique Múlt-kor)