Les nouveaux défis de l’Europe, l’importance accrue de la politique énergétique ou de la migration doivent être absolument pris en compte lors de la planification du prochain budget pluriannuel, a souligné à la conférence Zsolt Becsey. Le ministre délégué auprès du Ministère de l’Economie nationale a affirmé qu’il n’était pas possible de construire une Europe forte en affaiblissant les outils qui sont à notre disposition. Selon M. Becsey, le financement de l’Union européenne est déjà moins important : en effet, précédemment la proportion maximale des dépenses par rapport au RNB (revenu national brut) cumulé de l’Union était fixé à 1,27 pour cent ; elle n’est que de 1 pour cent aujourd’hui.
Cohésion, politique agricole, recherche et développement
Il est toujours possible de discuter sur la bonne utilisation des ressources du Fonds de cohésion, il faut toutefois considérer dans quelle mesure l’augmentation des déséquilibres entre les régions aurait pu être empêchée sans la contribution financière de l’Union. Cela constitue également une question de compétitivité, a ajouté M. Becsey.
La présidence hongroise n’est en mesure d’accepter ni la « renationalisation » de la politique agricole commune (PAC) ni son démantèlement, bien que l’on puisse évidemment en modifier les exigences, a affirmé le ministre délégué. Néanmoins, le montant alloué à cet effet par l’UE reste largement inférieur à 0,5 pour cent du RNB. « Je ne pense pas que cela soit trop élevé », a remarqué Zsolt Becsey en estimant que des sommes adéquates doivent également être destinées au financement de la recherche et du développement (R&D). Le nouveau, huitième programme-cadre de recherche doit permettre l’accès de tous les Etats membres, y compris les régions les plus pauvres, aux fonds destinés à la R&D, a insisté le ministre délégué.
Cinq ou sept ans ?
Le ministre délégué n’a pas pris position dans le débat visant à décider si le prochain budget-cadre devait correspondre à une période de cinq ou de sept ans. Il a fait valoir que dans l’intérêt de la transparence du financement de l’Union européenne, il serait souhaitable à long terme de recourir à de nouvelles ressources propres, cette idée reste cependant à être précisée avant sa réalisation. Pour ce qui est de la prochaine période budgétaire, les contributions des Etats membres au budget resteront majoritairement basées sur le RNB , a indiqué le ministre délégué.
Lamfalussy : une nouvelle phase de la crise
Alexandre Lamfalussy, professeur de l’Université Catholique de Louvain-la-Neuve en Belgique, ancien président de l’Institut monétaire européen connu comme le prédécesseur de la Banque centrale européenne a attiré l’attention sur le fait que l’on était entré dans une nouvelle phase de la crise. Il semble que les banques commencent à sortir du creux de la vague ; il n’empêche que l’endettement accru des les menace aussi : une dépréciation rapide et significative des obligations d’Etat sur le marché pose des dangers pour le secteur bancaire, a expliqué M. Lamfalussy. Selon le professeur, les marchés qui fonctionnent bien ne garantissent pas forcément un environnement financier stable et le mécanisme européen de supervision financière mise en place en janvier n’offre pas de garantie, juste une opportunité pour les gouvernements d’agir de façon adéquate.
Une croissance intelligente, durable et innovatrice
Jutta Haug, présidente de la commission ad hoc du Parlement européen chargée d’examiner les défis politiques et les ressources budgétaires a mis en évidence l’importance de l’harmonisation du budget avec la stratégie Europe 2020. La députée n’a pas trouvé le budget démesuré, compte tenu du fait que le budget de l’Union a augmenté de 37 pour cent pendant les dix dernières années, face à une augmentation de 62 pour cent des budgets des Etats membres. Par surcroit, 80 pour cent des fonds européens sont destinés aux investissements et ne sont pas dépensés pour financer les frais de fonctionnement ou l’appareil administratif, a-t-elle ajouté. Mais ce qui est le plus important, selon Mme Haug, c’est d’assurer le développement intelligent, durable et innovant de l’UE, ainsi que de créer un budget qui avance dans cette direction.
Il faut mettre fin au double standard
A la fin du débat, Zsolt Becsey a dit qu’il n’était pas possible de diviser les Etats membres en Etats de première et de seconde classe lors de l’élaboration de la prochaine perspective financière. Il est surtout important de mettre fin au double standard qui caractérise aujourd’hui l’utilisation des fonds de la PAC et du fonds de cohésion, a-t-il souligné. D’après le ministre délégué on doit faire face au défi de la compétitivité par une double approche : il faut veiller à équilibrer les budgets tout en réduisant la pauvreté. Selon M. Becsey, la demande des Etats de l’Europe du Sud souhaitant que les autres Etats membres accordent également de l’importance à la question de la migration est justifiée, tout comme la demande de l’Europe de l’Est souhaitant mettre en avant la lutte contre la pauvreté ou par exemple, la stratégie pour les Roms, dont l’élaboration est actuellement en cours.