
Les événements tragiques qui se sont récemment déroulés en Afrique du Nord représentent pour l’Union européenne aussi bienun défi qu’une chance. Les soulèvements démocratiques se traduisent par une transformation historique dans l’ensemble du voisinage au Sud et l’Union doit accompagner l’ambition ainsi que les aspirations de ces pays et se doter d’une nouvelle approche vis-à-vis de l’ensemble de la région. Ces événements en Libye exigent que nous y accordions sans plus tarder toute notre attention.
Réalisations
La présidence hongroise a d’emblée joué un rôle très actif dans la coordination de la réponse de l’Union à la crise, par le recours à l’ensemble des politiques de l’Union,à la fois sur place et à Bruxelles. L’activation du mécanisme communautaire de protection civile a constitué une étape importante dans le processus d’évacuation de tous nos ressortissants se trouvant en Libye. En tant que représentation de l’Union européenne sur place, notre ambassade à Tripoli remplit diverses fonctions allant de la coordination consulaire à l’évacuation des ressortissants des pays de l’Union. La Hongrie a ainsi procédé,au moyen d’un avion affrété par MALEV, la compagnie aérienne nationale hongroise, à l’évacuation de 27 Hongrois et de 66 ressortissants de l’Union, ainsi que de trois ressortissants originaires de pays tiers. Nous devons, si besoin est, continuer à organiser l’évacuation. Notre ambassadeur restera sur place en qualité de contact permanent de l’Union européenne. L’urgence humanitaire en Libye ainsi qu’aux frontières du pays est aujourd’hui criante et l’Union doit, par conséquent, redoubler d’efforts pour surveiller la situation et fournir une assistance à ceux qui en ont besoin. La ministre hongroise déléguée, Enikő Győri, s’est rendueà la frontière entre la Tunisie et la Libye accompagnée de la Commissaire européenne Mme Georgieva pour évaluer la situation humanitaire et les besoins des personnes qui ont dû fuir. A la suite de ce déplacement, la présidence a convoqué le groupe de travail pertinent du Conseil en apportant une contribution importante aux débats qui ont eu lieu lors de la réunion informelle des ministres des affaires étrangères du 10 mars.
En matière de mesures politiques au niveau de l’Union, nous sommes également passés à la vitesse supérieure, des sanctions autonomes de l’Union européenne à l’encontre du régime libyen et de ses dirigeants ayant été adoptées lors la réunion du Conseil du 28 février sous la présidence hongroise (moins de 24 heures après l’adoption de la résolution pertinente du Conseil de sécurité, sachant qu’aucune sanction n’a jamais auparavant été adoptéesi rapidement dans l’histoire de l’Union). Ces sanctions vont au-delà des mesures imposées par la résolution de 1970 du Conseil de sécurité des Nations unies et se veulent plus précises en ce qui concerne les interdictions de voyage, le gel des avoirs, l’embargo sur les armes et des restrictions relatives aux instruments qui pourraient être utilisées à des fins de répression interne. D’autres mesures restrictives à l’encontre du régime et des personnes morales qui détiennent des actifs considérables contrôlés par le régime Kadhafi ont été proposées par le groupe de travail dirigé par la Hongrie et ont finalement été adoptées lors du Conseil « Affaires étrangères » du 10 mars.
En étroite collaboration avec la Commission et le Service européen pour l’action extérieure, nous avons sans tarder mis la question de la migration à l’ordre du jour du Conseil « Justice et Affaires intérieures », dès que les premières nouvelles faisant état d’arrivées à Lampedusa nous sont parvenues, et l’opération conjointe « Hermes 2011 »a ainsi été lancée. Trois experts de la présidence spécialistes de la protection civile contribuent à la coordination de cette opération à Malte.
Nous avons engagé, lors du Conseil Énergie du 28 février, un débat de fond sur les conséquences de la crise politique libyenne sur les marchés de l’énergie et sur la sécurité de l’approvisionnement énergétique de l’Europe.
Principes
Pour ce qui est des mesures prévues, il faut s’en tenir à quelques principes directeurs. L’unité de l’Union dans son action est d’une importance capitale et une réaction plus rapide des organes de l’Union est nécessaire. Il est indispensablede travailler en étroite coopération avec l’Organisation des Nations Unies, la Ligue arabe, l’Union africaine ainsi que les autres organisations internationales pour apporter une réponse à la crise. Nous devons également nous rappeler que nous devons chercher à gagner les cœurs et les esprits de la population locale et des pays de la région.
Mesures à court et à long terme
En matière humanitaire, nous devons éviter une catastrophe humanitaire en contribuant à l’évacuation des dizaines de milliers de ressortissants de pays extérieurs à l’Union bloqués à la frontière entre la Libye et, respectivement, la Tunisie et l’Egypte. Les États membres devraient mettre à dispositions des avions et des navires pour aider à rapatrier les travailleurs immigrés, et gagner du même coup la sympathie du monde envers l’Europe.
Nous ne pouvons tolérer les violations des droits de l’homme à grande échelle et les atrocités commises à l’encontre des citoyens ordinaires. Nous devons pousser le colonel Kadhafi à mettre un terme à toute violence ainsi qu’à toute intimidation à l’encontre de la population civile et à garantir la libre circulation et un fonctionnement sans entrave des ONG.
Nous devrions éviter de prendre des mesures qui peuvent être interprétées comme légitimant le régime de Kadhafi. Néanmoins, nous sommes prêts à maintenir notre ambassade à Tripoli en tant qu’antenne de communication et de coordination, à moins que nous ne décidions, à vingt-sept, de rompre tout lien avec l’administration Kadhafi (auquel cas nous devons immédiatement évacuer tout le personnel des ambassades des pays de l’Union à Tripoli).
Dans l’immédiat, l’Union doit avant tout réagir à une situation en constante évolution sur le plan politique également. C’est ensemble et unis que nous devons décider et réagir. La zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye a été l’objet de nombreuses conversations ces derniers jours. Nous sommes favorables à l’imposition d’une telle zone dans le cadre du mandat du Conseil de sécurité des Nations unies, avec le soutien de la Ligue arabe, en coopération étroite avec l’OTAN et les Nations Unies.
Nous pensons que la Politique européenne de voisinage (PEV) doit être revue en profondeur, laquelle devrait désormais reposer sur une réflexion à long terme et ne pas être uniquement guidée par des considérations à court terme. L’Union doit être dotée d’une stratégie régionale globale, cohérente et crédible pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Nous allons, si la haute-représentante, Mme Ashton, l’accepte, proposer de convoquer une réunion informelle des ministres en charge de la coopération au développement à Budapest pendant la présidence hongroise, afin de permettre une réflexion d’ensemble sur la PEV.
L’Union européenne doit aider les pays à gérer la transition démocratique, notammenten partageant ses expériences. La gestion de la migration à moyen et long terme et la résolution des causes profondes des tendances migratoires en particulier sont d’une importance primordiale. Nous devons avant tout songer à une solution européenne en réponse au problème de la sécurité de l’approvisionnement énergétique. Une transformation économique s’avère absolument nécessaire. Nous devons accompagner la transformation économique des pays concernés, en particulier dans le secteur stratégique du tourisme et par la création d’emplois au moyen de la promotion des petites et moyennes entreprises.
Bien que les événements tragiques qui se sont déroulés récemment aient retenu toute l’attention politique de l’Union sur son voisinage au Sud, l’Union doit maintenir son plein engagement en faveur du renforcement des relations avec ses partenaires d’Europe orientale.
La présidence hongroise continuera à coordonner le suivi de la situation dans notre voisinage au Sud ainsi que les réponses collectives que l’Union européenne pourra apporter. L’Union dispose là d’une chance historique d’accompagner la transformation sociale et économique de cette région et d’aider les pays concernés à avancer sur le chemin de la démocratie.