
La Commission et la présidence organiseront, les 7 et 8 avril, la 5e Plateforme européenne pour l’insertion des Roms. Quel en est l’objectif ?
La Plateforme pour l’insertion des Roms est une rencontre internationale à laquelle participent toutes les parties prenantes à l’intégration des Roms, telles que les ONG, les défenseurs des droits de l’homme, les experts et organes officiels des Etats membres, ainsi que le Parlement européen, la Commission et le Comité économique et social européen et la présidence hongroise du Conseil européen. Cette année, la plateforme est particulière dans la mesure où elle ne sera pas organisée à Bruxelles, mais en Hongrie, et que pour la première fois, la présidence et les autres participants pourront donner leur avis sur le projet que la Commission européenne a élaboré sur la stratégie–cadre pour l’intégration des Roms. Contrairement à la pratique des années précédentes, nous avons invité, outre les experts en la matière, un panel beaucoup plus large de participants. Le Premier ministre et le président de la Commission feront également un discours, soulignant ainsi combien il est important de porter la question à un niveau européen.
Outre le Conseil, toutes les institutions européennes ont déjà pris position sur la stratégie prévue pour les Roms. Alors que le Parlement européen prône une stratégie unique comprenant certains éléments à caractère contraignant, la Commission est favorable à un programme plus libre établissant simplement les cadres d’action. Quelle est la position de la présidence hongroise à ce sujet ?
Nous aussi souhaiterions y voir figurer des dispositions à caractère contraignant mais l’adoption nécessite l’accord de tous les Etats membres. La procédure de conciliation européenne risque de donner lieu à un document édulcoré. Nous disposons d’une marge de manœuvre réduite. Notre objectif est de conserver un maximum de dispositions concrètes dans le texte tout en le rendant acceptable pour chacun des vingt-sept Etats membres. Nous avons déjà apporté notre contribution sous la forme d’un document élaboré en janvier, dans lequel nous présentons notre position sur l’intégration des Roms. Nous avons transmis ce document aux acteurs européens en la matière pour qu’ils puissent l’examiner en détail.

La stratégie–cadre sera également débattue par quatre des formations du Conseil pour que le Conseil des ministres chargés de l’emploi et des affaires sociales ait ensuite le loisir d’élaborer les conclusions lors de sa réunion. Le message de la présidence hongroise consisterait-il à dire que les problèmes des Roms nécessitent plutôt une approche sociale ?
En effet, cette approche duale est intéressante dans la mesure où l’élaboration de la stratégie-cadre relève de la compétence du commissaire en charge des affaires intérieures et de la justice, alors que le débat au niveau du Conseil se déroule dans le cadre du Conseil de l’emploi et des affaires sociales. Personnellement, j’apprécie cette approche, car elle caractérise également la problématique en elle-même. L’intégration, l’inclusion des Roms est un problème complexe qui, d’une part, a trait aux droits de l’Homme et à l’ordre social, mais qui, d’autre part, relève d’une question économique et sociale. Cette situation rendra la discussion plus difficile, étant donné qu’il est plus facile d’échapper à sa responsabilité lorsque la question relève de la compétence de plusieurs responsables. Je pense néanmoins que le message est, en l’occurrence, que ces deux domaines sont liés.
Bon nombrede projets et de propositions ont été faits précédemment au sujet de l’intégration des Roms. Dans quelle mesure la stratégie adoptée par le Conseil devra-t-elle rendre des comptes ? Est-elle dotée demécanismes de feedback et de contrôle intégrés ?
L’intégration des mécanismes de contrôle est souhaitée par l’opinionpublique,bien qu’il ne s’agisse que d’une déclaration politique qui sera acceptée par les États membres. Cela signifie qu’il s’agit d’engagements politiques et non juridiques.Il y a une différence entre les deux. On ne peut pas, au moyen de sanctions, forcer les participants à respecter une déclarationpolitique, mais si quelqu’un se considère comme un participant sérieux et adopte la même attitude vis-à-vis de ses partenaires, il est évident qu’il tentera de respecter l’accord. Le contenu du texte final fait l’objet d’âpres discussions au niveau politique, ce qui indique que les États membres prennent cet engagement au sérieux.
Notre route sera longue et parsemée d’embuches ; l'adoption de la déclaration constituera une véritable percée, pour la Hongrie également, car il s’agit d’une priorité pour nous. La communication de la Commission énumère, sur trois pages, les propositions et prises de positions européennes à ce sujet. Le fait que la déclaration politique ait été signée par tous les États membres confère une nouvelle dimension à la politique européenne pour les Roms et on ne pourra désormais plus mettre cette question sous le tapis.
Samise en œuvre impliquera également un travail méticuleux. On ne part pas de zéro : il y a toujourseu des exemples positifs de coexistence entre Roms et Hongrois, tout comme ailleurs en Europe, et il ne faut pas les oublier. Il ne s’agit pas de dire que tout était mauvais et que nous essayerons de réparer les pots cassés. Il y aura toujours des gens pour faire la liste des points négatifs, c’est à nous d’énumérer les points positifs.
Comment garantirque l'intégration des Roms sur le marché du travail ne soit pas, sur le long terme, reléguée à l’arrière-plan au sein de l'Union ?
Siles États membres comprennent que l’intégrationdes Roms sur le marché du travail représente un potentiel économique important – puisqu’il s’agit de 10 à 12 millions de citoyens européens –, cela pourrait constituer une incitation importante sur le long terme. En Hongrie, 85 % des membres cette communauté n’ont pas de travail régulier, au niveau européen ils sont 50 à 60 %. Même si l’on intègre ne serait-ce qu’une partie de cette communauté au monde du travail, cela entraînerait une croissance économique à moyen terme. Si l’on ne parvient pas à accroître l'emploi dans ce milieu social, ces personnes auront recours aux aides sociales, ce qui représente un lourd fardeau budgétaire pour les pays européens. Je suis convaincu que cette nécessité économique sera suffisamment forte pour forcer les États membres de l'Union à prendre les mesures de cette stratégie au sérieux.
A combien sont lespays concernés par ce problème ? Quel est le pays le plus avancé au niveau de l’intégration ?
Il existe une population de Roms plus ou moins importante dans presquetous les pays membres. J'aurais tendance à dire que l’adoptionde la stratégie–cadre est également importante pour les Etats membres où l’intégration des Roms ne représente pas encore un problème aujourd’hui car elle peut vite le devenir dans l’avenir. Si nous ne pouvons pas encourager la coexistence pacifique et le progrès économique et social à un niveau local, une partie de ces personnes quitteront leur pays. Par conséquent, l’intégration est une responsabilité de niveau européen, même pour les pays qui ne sont actuellement pas concernés. Les pays comptant une communauté rom plus importante, comme la France, l’Espagne, l’Italie, la Roumanie, la Bulgarie, la Slovaquie, la République tchèque et la Hongrie, coopèrent pour la plupart d’entre eux au programme de la Décennie de l'inclusion des Roms. Les pays des Balkans occidentaux souhaitent adhérer à l’Union, il ne faut pas non plus oublier leur population rom. On aurait tendance à dire que le pays qui parvient aux meilleurs résultats en matière d’intégration est l’Espagne, car l’inclusion des Roms y est une grande tradition qui remonte aux années trente. C’est également là que nous avons le plus de partisans à notre cause, car ils en ont saisi toute l’importance.
