
Tourné en 1980, le court métrage de Ferenc Rófusz intitulé « La Mouche » a été récompensé par un Oscar en 1981. Ce film d’animation s’est alors distingué, au début des années quatre-vingts, par son originalité, mais il est toujours considéré aujourd’hui comme une curiosité. Il présente la dernière minute de la vie d’une mouche, le spectateur observant le monde à travers ses yeux, jusqu’à ce qu’elle meure écrasée. L’élaboration de ce film de quatre minutes a duré deux ans, période pendant laquelle il a fait l’objet de plusieurs modifications, son titre initial, par exemple, étant « L’insecte ». Pour des raisons politiques, les dirigeants du parti unique n’ont pas autorisé Ferenc Rófusz à assister à la cérémonie des Oscars ; le prix n’a lui-même été remis qu’au bout de deux mois, à Los Angeles, car les Américains avaient refusé de le remettre à quelqu’un d’autre. Le réalisateur aurait alors très bien pu rester aux Etats-Unis, mais il aurait dû pour ce faire demander l’asile politique, alors qu’il ne voulait pas quitter la Hongrie à titre définitif.
Réalisateur d’un classique inoubliable, à savoir « Casablanca », Michael Curtiz (Mihály Kertész) est né à Budapest le 24 décembre 1888, sachant qu’il règne autour de cette date une grande incertitude, le cinéaste ayant très probablement tendance à ne pas révéler son âge réel. Michael Curtiz a réalisé toute une série de films d’aventure dans les deux centres hongrois de la production de films muets, à Budapest et à Cluj-Napoca, mais il s’est aussi souvent inspiré de la littérature. Après la République des conseils de Hongrie (1919), il quitte le pays avec une rapidité étonnante et tourne, à Vienne, des films grandioses traitant de sujets historiques et bibliques : Sodome et Gomorrhe (1922) et Reine des esclaves (1924). L’année suivante, il réalise aux Etats-Unis une superproduction sur un sujet biblique intitulée Arche de Noé (1928). Pendant sa vie, il cherchera à distraire le public en s’entourant d’éminents représentants de l’industrie cinématographique américaine et de stars populaires. Réalisateur particulièrement fécond, il tourne deux à trois films par an et entre 1912 et 1962, réalisant ainsi 166 films au total. Ses films d’aventure, ses westerns et ses adaptations historiques (Kid Galahad, 1937 ; Diable des sept mers, 1938 ; Les aventures de Robin des Bois, 1938 ; Point de friction, 1950 ; Les aventures de Huckleberry Finn, 1960) sont encore appréciées de nos jours.
C’est en 1942 que Curtiz réalise le drame le plus célèbre de l’histoire du septième art, « Casablanca », qui lui vaudra d’être récompensé par l’Oscar du meilleur réalisateur en 1943. Ayant travaillé presque jusqu’à sa mort, il tourne son dernier film, intitulé Les Comanchs, en 1962. Bien qu’il compte parmi les plus américains des cinéastes, il a toujours été fier d’être Hongrois.

Réalisé par István Szabó en 1981, « Méphisto » est le premier film de fiction hongrois récompensé par un Oscar dans la catégorie du meilleur film étranger. Tout en suivant scrupuleusement la structure du roman sur lequel il est basé, le film tente de s’éloigner du caractère d’une histoire très lourde de sentiments. Il nous compte l’histoire de Höfgen, acteur talentueux qui essaye de préserver son intégrité physique à l’époque nazie en réprimant ses doutes. Avec « Méphisto », István Szabó parvient à créer un film à la fois conservateur et moderne, entre autres grâce aux images du caméraman Lajos Koltai, qui évoquent un monde visuel apaisant et classicisant.
C’est dans le cadre de ce film que l’acteur principal, Klaus-Maria Brandauer, travaille pour la première fois avec István Szabó, qui travaillera par la suite avec lui pour plusieurs de ses films (Le colonel Redl, Hanussen). Ce film se distingue notamment par l’apparition du réalisateur lui-même dans une des scènes, où il se tient debout, au beau milieu d’une importante célébration nazie, sur des escaliers étincelants, entouré de drapeaux rouges arborant un svastika noir. Ce film a remporté, outre l’oscar susmentionné, le prix du meilleur scénario au Festival de Cannes et a été également été sélectionné pour la Palme d’or.
Compositeur oscarisé, Miklós Rózsa (1907-1995) a, à l’origine, suivi des études d’ingénieur chimiste à l’université de Leipzig, tout en poursuivant simultanément des études de musique au Conservatoire. Fort de ses deux diplômes, il part pour Paris, puis, en 1935, traverse la Manche pour aller à Londres, où il travaille en tant que directeur artistique d’un ensemble de danse. C’est un an plus tard, en 1936, qu’il compose sa première partition musicale écrite explicitement pour un film, à savoir Le chevalier sans armures, produit par Korda et réalisé par Jacques Feyder. En 1940, il part s’installer à Hollywood, aux Etats-Unis, pour y devenir bientôt l’un des plus célèbres compositeurs de musique de films de Hollywood. Ses performances ont été récompensées par un Oscar à trois reprises.

Le directeur artistique d’origine hongroise William S. Darling (Sándorházi Wilhelm) contribue également au renom de la cinématographie hongroise, en se voyant attribuer trois Oscars : en 1933 pour Cavalcade, en 1943 pour La chanson de Bernadette et en 1946 pour Anna et le roi de Siam.
Géza Herczeg a obtenu cette prestigieuse récompense en 1937, pour le scénario du film intitulé La vie d’Emile Zola. Paul Lukas a été récompensé par un Oscar pour son rôle principal dans le film Garde sur le Rhin. George Pal, né György Pál Marczincsák, reçoit, en 1944, un prix couronnant son œuvre, tout comme Adolph Zukor, en 1949. Alexandre Trauner et Joseph Kish obtiennent un Oscar, en qualité respectivement de directeur artistique du Studio et de réalisateur du Bateau des fous. Enfin, en 1978, Vilmos Zsigmond reçoit un Oscar pour le travail de caméraman qu’il a réalisé dans le cadre du film de Steven Spielberg, Rencontres du troisième type.