Chaque présidence fait valoir que son semestre est le plus ardu à négocier, ce qui semble néanmoins bien être le cas pour la Hongrie. Dans le courant de l’année 2010, la Suède avait partagé, avec des représentants politiques et des fonctionnaires hongrois, certains des enseignements qu’elle avait tirés de sa présidence qui venait de s’achever. A de nombreuses reprises, nous avons convenu que même si le programme était élaboré avec attention et avec soin, ce qui s’avérait en fin de compte le plus important était la manière de gérer les événements imprévus.
Et la Hongrie a effectivement dû affronter son lot d’événements imprévus de grande ampleur. Pour ne citer qu’un exemple, lorsque le ministre suédois des finances est venu à Budapest au mois de novembre pour s’entretenir avec le gouvernement hongrois de la présidence hongroise qui était sur le point de débuter, il a fait valoir que la finalisation du paquet de mesures en matière de gestion économique était la mission la plus importante pour la Hongrie. Il ignorait bien sûr, à ce moment-là, que d’autres pays européens auraient besoin de faire appel à l’aide financière de l’Union dans le courant du printemps.
Mais ce qui s’est avéré plus crucial encore est qu’un des tremblements de terre les plus violents que le Japon ait connus ait entraîné des risques importants de fusion de réacteur nucléaires. A peu de choses près au même moment, notre voisinage au Sud a connu lui aussi un véritable tremblement de terre, affectant d’abord la Tunisie, puis l’Egypte, la Libye et d’autres pays, ces évolutions étant toujours en cours à l’heure actuelle. Bien que le SEAE (Service européen pour l’action extérieure) soit aujourd’hui sur pied et que les relations étrangères soient désormais de la compétence de Catherine Ashton et de son équipe, la Hongrie doit malgré tout s’acquitter de missions de la plus haute importance. Elle s’en est acquitté de manière efficace et élégante, en témoignant de sa volonté d’apporter une valeur ajoutée dans les domaines que sont l’aide au développement, les flux migratoires et les négociations en matière énergétique.
Mais c’est avant tout à lors d’un orage pendant la réunion de l’ASEM à Gödöllő, alors même que l’électricité semblait faire défaut, que l’organisation de la présidence hongroise a réellement pris le tour d’une gestion de crise.
Pour la Suède, il a également été très important d’assister à la naissance de la petite sœur de la Stratégie pour la mer Baltique, à savoir la Stratégie pour le Danube. Nous sommes résolument convaincus du bien-fondé de ce type d’approche et avons d’ores et déjà constaté certains résultats positifs que la stratégie a permis d’engranger dans notre région, celle de la mer Baltique. Nous sommes dès lors disposés à partager les enseignements que nous en avons tirés lorsque la Hongrie et les autres pays associés à la Stratégie pour la région du Danube commenceront à mettre en œuvre la stratégie qui est la leur.
L’autre stratégie tout à fait bienvenue à être conclue au cours de la présidence hongroise est la stratégie pour les Roms en Europe. Il s’agit en l’espère d’une stratégie attendue de longue date qui doit être élaborée et dûment mise en œuvre. Les Roms représentent un atout pour nos sociétés et il convient de les autonomiser de manière à ce qu’ils développement pleinement leur potentiel.
Fort heureusement, l’Union européenne permet aussi à des voix radicalement différentes de s’exprimer. La politique agricole fait ainsi partie des dossiers sur lesquels les convictions de la Suède sont différentes de celles de la Hongrie ou bien d’autres Etats membres. Cependant, la Hongrie a témoigné de son engagement dans certains domaines où la gestion du dossier agricole a été assidue, tels que la PAC ou le « Paquet qualité ». La réunion informelle des ministres de l’agriculture à Debrecen a également été fort appréciée et notre ministre de l’agriculture s’est même trouvé au cœur d’une action de protestation organisée par Greenpeace. C’est dire s’il s’attendait à assister à une telle action au beau milieu de la puszta en pleine canicule. Cela dit, notre ministre de l’agriculture a ainsi eu une excellente occasion de s’entretenir personnellement, à bâtons rompus, avec des citoyens européens engagés.
Nous attendons tous à présent avec impatience le Conseil européen de juin, qui se tiendra dans moins de trois semaines. L’avenir de la gestion économique de l’Union et celui des négociations d’adhésion avec la Croatie constitueront à cette occasion des questions essentielles. Même si les négociations d’adhésion avec la Croatie ne doivent se clôturer qu’après le mois de juin, c’est surtout à la Hongrie que l’on devra d’avoir préparé le terrain en vue de l’adhésion de la Croatie.
Des vacances bien méritées s’en suivront. Fort de notre expérience à la présidence, je me dois malgré tout de mettre en garde nos amis hongrois, qui seront bientôt en proie à une dépression « post-présidence » en réalisant qu’ils ne sont plus désormais aux commandes ! Bref, si les merveilleux vins, la somptueuse cuisine et toute la richesse culturelle de la Hongrie que nous avons découverts ces six derniers mois nous manqueront, nous sommes impatients de pouvoir enfin nous reposer cet été et de voir le travail au sein de notre ambassade revenir à son mode de fonctionnement habituel. Dans le même temps, nous pouvons être certains que la présidence hongroise aura apporté une contribution essentielle à cette communauté que nous appelons l’Europe.
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